La définition légale du médecin généraliste libéral : textes fondateurs

L’exercice libéral, en particulier en cabinet de proximité, plonge ses racines dans un corpus relativement ancien de lois, modifié et adapté au fil des décennies. Au cœur de cette organisation, on trouve principalement le Code de la santé publique (CSP) et le Code de déontologie médicale intégré à ce dernier.

  • L’article L.4111-1 du CSP stipule que nul ne peut exercer la médecine en France s’il n’est pas inscrit au tableau de l’Ordre des médecins et titulaire du diplôme. Ce prérequis est le passage obligé pour tout mode d’exercice, libéral inclus.
  • Le Code de déontologie médicale (décret n°2004-802 du 29 juillet 2004), repris dans le CSP aux articles R.4127-1 et suivants, encadre la liberté d’installation, l’indépendance professionnelle, la continuité des soins, et l’éthique propre à l’activité libérale.
  • L’article L.162-5 du Code de la sécurité sociale pose le principe selon lequel la profession de médecin est exercée en toute indépendance mais en lien avec l’assurance maladie. Cela fonde aussi la convention qui régit les actes, tarifs, et obligations des généralistes libéraux conventionnés.

L’exercice libéral de proximité, exercé de manière individuelle, en cabinet de groupe, en maisons de santé, ou de manière multisite, repose donc sur une base réglementaire solide. Le Conseil national de l’Ordre des médecins rappelle régulièrement que la liberté du médecin d’ouvrir un cabinet dans la commune de son choix, sous réserve des obligations déontologiques, reste un fondamental français (Ordre des médecins).

Les principaux textes encadrant le cabinet de proximité

  • Liberté d’installation : article L.162-2-1 Code de la sécurité sociale
    • Depuis la loi HPST (Hôpital, Patients, Santé, Territoires) de 2009, le principe reste la liberté d’installation. Toutefois, le législateur peut instaurer à l’échelon régional des incitations, voire des limitations, dans certaines zones (ex : zones sur-dotées ou sous-dotées).
  • Statut du cabinet : articles L.6323-1 et suivants du CSP
    • Définition des maisons de santé, centres de santé, et conditions d’exercice collectif ou individuel. Ces textes font la distinction entre structure libérale pure (cabinet individuel ou de groupe) et structure financée (ex. centre de santé municipal).
  • Exercice en société : loi du 31 décembre 1990
    • Permet la création de sociétés civiles de moyens (SCM) ou d’exercice libéral (SEL, SCP) : partage des frais sans mélange des honoraires, voire sociétariat et salariés libéraux associés.

Un chiffre illustre la diversité actuelle : selon la DRESS (2021), plus de 65 % des médecins généralistes libéraux travaillent aujourd’hui au moins partiellement en exercice regroupé (cabinet de groupe, MSP…), contre moins de 40 % il y a vingt ans.

La convention médicale : pierre angulaire de l’exercice conventionné

La pratique en cabinet de proximité répond le plus souvent au cadre conventionnel défini entre les syndicats de médecins et l’Assurance Maladie :

  • La convention médicale (dernière en date, 2016, avenant 9 en 2022, en renégociation début 2024) (ameli.fr) :
    • Elle définit les tarifs (consultations, actes, majorations), le secteur d’exercice (secteur 1, secteur 2, OPTAM), les obligations en matière de permanence de soins, d’accueil de nouveaux patients, et de télétransmission.
    • La ROSP (rémunération sur objectifs de santé publique) en découle aussi directement, impactant l’organisation du cabinet.
    • Cette convention rend obligatoire l’adhésion à un contrat responsable sur la pratique des dépassements, la prévention, et le dossier médical partagé.

D’après la Caisse nationale d’assurance maladie (2023), près de 95 % des généralistes libéraux sont conventionnés, la très grande majorité en secteur 1 avec tarifs opposables.

L’évolution récente du cadre légal : lois Ma santé 2022, Ségur, et initiatives territoriales

Plusieurs lois récentes affinent la définition de la pratique en cabinet de proximité, notamment pour favoriser la coordination et l’accès :

  • Loi de modernisation de notre système de santé (26 janvier 2016)
    • Introduit la notion de structures ou dispositifs d’exercice coordonné (MSP, CPTS, centres). Permet aux généralistes de mutualiser tâches et projets tout en restant libéraux.
    • Création du statut d’assistant médical (décret du 20 août 2019), pour délester la charge administrative et faciliter l’accès aux soins.
  • Loi « Ma Santé 2022 » (mars 2018)
    • Encadre les maisons de santé pluriprofessionnelles et incite à la transformation des cabinets isolés en lieux d’exercice coordonné.
    • Mise en place des CPTS (Communautés professionnelles territoriales de santé).
  • Accord conventionnel interprofessionnel (ACI) de 2017
    • Définit les exigences pour obtenir la labellisation en maison de santé (projet de santé pluridisciplinaire, temps de présence, exercice coordonné…).
  • Loi Ségur de la santé (2020)
    • Favorise le déploiement de l’exercice coordonné et la valorisation des nouveaux modes d’organisation (ex: télémédecine, protocoles locaux), tout en préservant le statut libéral.

La DREES (2022) recense près de 2 100 maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) en France, dont la majorité impliquent des généralistes libéraux qui gardent leur cabinet de proximité, tout en s’intégrant à un portage collectif.

Les obligations légales et réglementaires spécifiques à l’exercice en cabinet libéral

  • Obligation de moyens matériels et d’accessibilité : conforme à l’article R.4127-51 du CSP : accueil adapté, salle d’attente, confidentialité, respect des normes ERP (établissement recevant du public) et accessibilité handicapés (arrêté du 20 avril 2017).
  • Respect de la permanence des soins (articles L.6314-1 à L.6314-3 CSP, et décret du 16 août 2003) : le généraliste contribue, via la participation à la garde ou à la régulation, à la continuité des soins sur son territoire.
  • Déclarations administratives : enregistrement à l’ARS, déclaration URSSAF, CARMF, assurance en responsabilité civile professionnelle.
  • Informatique et libertés : conformité RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) pour la gestion des dossiers patients (CNIL, 2018). La CNIL rappelle que tout cabinet doit tenir à jour un registre des traitements de données.

Les médecins généralistes installés en cabinet de proximité sont soumis à un contrôle périodique de ces éléments, non seulement par l’Ordre, mais aussi par la CPAM et l’ARS, en particulier dans le contexte d’aides à l’installation (service-public.fr).

Les régimes particuliers et marges d’évolution actuelle

  • Zonage et aides à l’installation : La carte d’aide à l’installation (ARTIC, CAIM, CSTM…) est fondée sur l’arrêté du 26 septembre 2019. À titre d’exemple, en 2022, près de 1 700 généralistes ont bénéficié d’une aide à l’installation en zone sous-dotée (CNAM).
  • Téléconsultation (décret du 10 octobre 2018) : Permet au cabinet de proximité d’intégrer la télémédecine dans la pratique libérale, sous conditions (dossier informatisé, identification, respect du parcours de soins).
  • Délégation de tâches (loi 2009, décrets 2018-2022) : Protocoles autorisés pour les actes simples, avec IDE (infirmiers), assistants médicaux, pharmaciens partenaires dans le cadre de la coordination.
  • Accueil de stagiaires (article L.632-2 CSP) : Les maîtres de stage universitaires (MSU) peuvent exercer en cabinet de proximité, selon une procédure d’agrément simplifiée afin de contribuer à la formation des internes et externes.

Un point marquant : la loi HPST avait suscité de fortes craintes de remise en cause de la liberté d’installation, mais en 2024, ce principe demeure, sous réserve des incitations fortes à exercer en collectif et en zones prioritaires.

Jurisprudence et portée locale des textes légaux

Au quotidien, le "local" pèse : quelques décisions de justice ont précisé la portée du droit d’installation (ex : Conseil d’État, 6 février 2009, « cabinet médical et restriction par le PLU ») ou la nécessité de respecter l’équilibre entre liberté professionnelle et intérêt public local (urbanisme, refus d’autorisation sur motif d’accessibilité, etc.).

  • En 2021, le Conseil d’État a rappelé qu’un arrêté municipal ne peut limiter l’installation d’un cabinet médical que pour des motifs d’intérêt général dûment justifiés. Autrement dit : la loi protège l’exercice libéral, mais l’adapte continuellement à l’échelon de la commune ou de l’EPCI (Établissement Public de Coopération Intercommunale).

À chaque étape, la vie du cabinet libéral de proximité reste soumise aussi bien à l’interprétation des textes nationaux qu’à la dynamique locale : PTS, contrats locaux de santé ou schémas régionaux d’organisation des soins (SROS).

Futur du cadre légal et enjeux : entre tradition et mutations

L’exercice libéral en cabinet de proximité garde une spécificité française : son rattachement à la liberté d’installation, à l’indépendance, mais aussi à la volonté d’encadrement et de coordination, qui s’affirme d’année en année. De la création des maisons de santé à la montée de la télémédecine, de la protection du secret à l’accueil d’assistants médicaux, les textes de loi continuent davantage d’évoluer par ajustement que par rupture.

La récente crise démographique, associée à l’appel des jeunes médecins pour un nouveau modèle de travail et de conciliation, pourrait être le moteur de nouvelles évolutions législatives : la mission flash Braun (2022), les débats autour d’une régulation des installations, ou encore l’ouverture aux pratiques médicales avancées pour les paramédicaux, annoncent d’autres ajustements à venir.

  • En 2024, un quart des généralistes libéraux a moins de 50 ans (Source DREES). Chez eux, le choix du mode d’exercice et du lieu d’installation se fonde autant sur les textes que sur la possibilité d’intégrer un projet local ; la législation devient alors un cadre, mais aussi un levier d’attractivité des territoires.

Reste que la législation relative à l’exercice libéral d’un généraliste de proximité, plus que jamais, doit être connue de tous les acteurs locaux — élus, coordonnateurs, ARS — afin de garantir, dans chaque territoire, l’efficacité collective, le respect du soin individuel, et la fluidité entre ville, hôpital et structures coordonnatrices.

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