État des lieux : une demande croissante de leaders médicaux généralistes

Le paysage de la santé ne cesse d’évoluer : désertification médicale, structuration en CPTS (Communautés Professionnelles Territoriales de Santé), développement des groupements hospitaliers, essor des maisons et centres de santé… Face à ces mutations, le besoin de médecins généralistes en position de coordination et de direction s’affirme. Pourtant, si la compétence clinique est reconnue, il existe un fossé souvent ressenti entre la formation initiale du généraliste et les attentes des postes de gouvernance médicale.

En 2023, selon la Drees, 15% des médecins généralistes occupaient régulièrement une fonction à visée organisationnelle ou managériale (GHT, maisons de santé, directions médicales, coordination d’équipes), un chiffre en hausse constante depuis cinq ans (source Drees). Cette dynamique pose la question suivante : comment se former pour répondre à ces nouvelles exigences ?

Quels sont les principaux niveaux et types de postes concernés ?

Avant de détailler les formations, il est utile d’identifier les postes concernés par ces besoins :

  • Médecin coordonnateur (en EHPAD, en centre de santé, ou en structure territoriale type CPTS)
  • Directeur médical (au sein d’un hôpital local, d’un établissement de santé ou de soins de suite, voire en HAD – Hospitalisation à Domicile)
  • Responsable de pôle ou chef de service dans un hôpital de proximité ou un groupement
  • Coordinateur de maison ou centre de santé
  • Porteur de projet structurant (nouvelle organisation territoriale, dispositif d’appui à la coordination, expérimentation innovante, etc.)

Chacun de ces postes suppose une prise de recul, un sens de l’organisation, parfois des compétences en gestion, management, communication, droit de la santé et conduite du changement.

Les compétences attendues : un socle transversal, mais très spécifique

Il ne suffit pas d’avoir "de l’expérience" pour passer de la clinique à la coordination. Les études montrent que les compétences réellement attendues se déclinent comme suit (HAS) :

  • Management d’équipe médicale et pluriprofessionnelle
  • Synthèse et pilotage d’une vision stratégique
  • Connaissance des textes et enjeux réglementaires
  • Déclinaison opérationnelle de projets de soins collectifs
  • Gestion des risques et démarches qualité
  • Maîtrise des outils de coordination (SIP, SIV, logiciels de coordination, outils numériques…)
  • Dialogue interfacé avec directions administratives, ARS, élus locaux

L’acquisition de ces compétences passe la plupart du temps par une formation complémentaire, parfois diplômante.

Panorama des formations accessibles : diplômes, DU, certifications

Les offres se sont multipliées sous l’effet de la demande. Le tableau ci-dessous synthétise les formations les plus recherchées.

Intitulé de la formation Niveau Durée Pour quels postes ? Exemple d’organisme
Diplôme d’Université (DU) de Médecin Coordonnateur en EHPAD DU 1 an (120-150h) EHPAD, USLD, coordination médico-sociale Paris Cité, Montpellier, Lyon
DU de Gestion et Management des Structures de Santé DU 1 an (130h) Direction médicale, chef de pôle, maisons/centres Bordeaux, Montpellier, Lille
Master 2 Management des Organisations de Santé Master 2 1-2 ans (400h+) Directeurs médicaux, cadres supérieurs EHESP, IAE Paris, Université Paris-Dauphine
Diplôme Inter-Universitaire Coordination en Soins Primaires DIU 1 an Coordination pluriprofessionnelle, CPTS, MSP Strasbourg, Marseille, Lille
Formation Séminaires ARS / HAS Certificat, Attestation Quelques jours à 2 mois Initiation, pratique terrain HAS, URPS, ARS régionales

Focus sur trois parcours types : retour d’expériences et options réelles

1. Le DU Médecin coordonnateur en EHPAD : une formation clé

Avec près de 7 300 établissements en France, le poste de médecin coordonnateur en EHPAD demeure une des orientations les plus accessibles, mais aussi réglementées (CNSA). Depuis le décret du 26 avril 2019, le DU est quasiment incontournable. Cette formation prépare très concrètement à :

  • Comprendre la réglementation EHPAD (projet de soins, éthique, droits des résidents…)
  • Mener et piloter des équipes soignantes
  • Développer la culture qualité et gestion des risques
  • Animer la coordination interne/externe

Elle mêle enseignements théoriques (droit, ADR, gestion de projet, psychologie du vieillissement…) et stages pratiques, sous la supervision d’un médecin senior.

2. DU ou Master en Management des Structures de Santé : un tremplin pour encadrer et innover

Pour évoluer vers des responsabilités plus larges (direction médicale d’établissement, chef de pôle), les formations universitaires en management apportent une ouverture essentielle. Le Master 2 Management des organisations de santé accueille désormais un tiers de médecins issus des soins primaires (chiffre EHESP 2024). Lien EHESP

  • Elaborer un projet stratégique d’établissement
  • Piloter la gestion budgétaire et les ressources humaines
  • Initier une démarche d’évaluation qualité
  • Conduire des projets d’innovation organisationnelle

Les échanges interprofessionnels (avec des cadres, pharmaciens, soignants…) sont jugés précieux par ceux qui sont passés par ce cursus.

3. DIU Coordination en soins primaires et formations transverses

Pour ceux qui souhaitent travailler à la maille territoriale (CPTS, dispositifs d’appui, MSP…), le DIU Coordination en soins primaires a émergé comme référence : 180h annuelles, accès décloisonné, focalisation sur la pratique collaborative et la conduite de projets, stage terrain. Il est souvent recommandé à des généralistes qui veulent s’impliquer sans lâcher totalement la clinique.

D’autres chemins : initiatives régionales et formations sur-mesure

Il existe également de multiples modules, courtes formations ou séminaires (parfois gratuits via les ARS, ou portés par l’URPS locale) — ateliers qualité, gestion des conflits, e-santé, responsabilité médicale. À noter : plusieurs établissements hospitaliers proposent via leur CME et la FHF des parcours internes dits « management médical » ou « leadership clinique », adaptés sur mesure aux besoins locaux.

L’importance du compagnonnage et du mentorat dans ce type de trajectoires est également soulignée : l’intégration dans des réseaux de pairs coordonnateurs ou directeurs médicaux (exemple : la Fédération française des médecins coordonnateurs en Ehpad, la Fédération française des Maisons et Pôles de Santé) favorise une montée en compétence sur le terrain et l’échange de bonnes pratiques.

L’impact de la formation sur l’attractivité et la reconnaissance des fonctions de direction

Malgré la valorisation croissante de ces missions, de nombreuses enquêtes montrent que le manque de formation initiale est vécu comme un frein (étude MG France 2022 : 62% des généralistes intéressés par une fonction de coordination estiment se sentir insuffisamment armés pour les questions d’organisation ou de management). L’offre qui s’étoffe, notamment en DIU et en formation à distance, contribue à inverser la tendance.

  • Plus de 550 médecins généralistes sont devenus médecins coordonnateurs diplômés en EHPAD en 2023 (source : Fédération nationale des médecins coordonnateurs)
  • La création du statut de référent médical territorial incite à la formalisation de la compétence (plus de 120 structures ayant recruté au moins un médecin référent en 2023 en France – URPS Médecins Libéraux)

Freins, réalités et perspectives pour les généralistes

L’engagement dans une formation de coordination ou de direction exige du temps, un investissement personnel, et parfois des concessions sur l’activité clinique. Les formations diplômantes sont souvent reconnues dans les appels à candidatures, mais l’évolution des pratiques locales tend à valoriser aussi la capacité à piloter une équipe sur le terrain. Beaucoup de généralistes cumulent, à temps partiel, activité clinique et fonction de pilote en MSP ou en CPTS, ce qui constitue une richesse mais pose aussi des défis d’équilibre professionnel.

Il existe un chantier important autour de la reconnaissance financière et institutionnelle des missions de coordination : rémunération, statut, temps d’activité dédié. Les discussions avec l’Assurance Maladie et les ARS se poursuivent ; la revalorisation du rôle du généraliste coordinateur pourrait à terme pousser plus de professionnels à se former à ces nouvelles missions.

Vers une nouvelle culture médicale de l’action collective

Cette transition vers des parcours de direction ou de coordination médicale n’est pas un simple "supplément" de formation, mais le signe d’un tournant culturel. Les généralistes qui s’engagent dans ces fonctions renforcent la place de la médecine générale dans la gouvernance des soins et participent à l’invention de modèles organisationnels plus agiles et résilients. Demain, il est probable que la formation à la coordination et au management fasse partie intégrante des cursus de médecine générale, et non plus d’une constellation d’initiatives individuelles. Une dynamique à suivre de près pour tous ceux qui souhaitent peser dans l’organisation du soin, mais aussi pour nos patients, qui attendent que le médecin généraliste soit à la fois clinicien et acteur structurant du système de santé.

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