Comprendre le contexte : pourquoi évoluer vers la coordination ou l’enseignement ?

En 2021, plus de 8 000 postes de coordination sont recensés dans les structures de santé pluriprofessionnelles en France (source : DGOS). Les besoins sont croissants : démographie médicale en tension, nécessité de répondre à la complexification des prises en charge, multiplicité des acteurs (paramédicaux, travailleurs sociaux, EHPAD, etc.). À cette réalité s’ajoute la question de la qualité des soins continus et de la transmission des compétences.

Les missions de coordination ou d’enseignement répondent à plusieurs enjeux :

  • Fluidifier le parcours de soins : anticiper, relayer, éviter les ruptures et doublons, garantir la cohérence pour les patients complexes.
  • Renforcer l’attractivité du métier : en diversifiant les tâches et en favorisant la valorisation collective du rôle de généraliste.
  • S’adapter à l’évolution des attentes sociétales : implication dans la formation, prise de parole dans les politiques territoriales, construction de nouveaux modèles d’organisation.

Cette dynamique est aujourd’hui soutenue tant par l’évolution du cadre réglementaire (avenants conventionnels, création des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé depuis 2016, déploiement des assistants médicaux, réforme du 3e cycle des études médicales), qu’à travers l’appétence d’une nouvelle génération de médecins pour le travail collectif et la reconnaissance de fonction d’expertise territoriale.

Définir et distinguer : coordination ou enseignement ?

Il convient de clarifier les périmètres possibles : le médecin généraliste peut devenir, par exemple :

  • Coordonnateur en MSP (Maison de santé pluriprofessionnelle)
  • Médecin coordinateur en EHPAD ou au sein d’un Hôpital Local
  • Référent territorial dans une CPTS (Communauté Professionnelle Territoriale de Santé)
  • Responsable de parcours pour une structure de soins ambulatoires complexes (ESPR, HAD, PTA...)
  • Maître de stage universitaire (MSU, médecine générale)
  • Enseignant associé à une faculté, responsable d’enseignement/formation continue ou initiateur de projets en Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI), etc.

Ces fonctions peuvent s’exercer à temps partiel ou en complément d’une activité clinique. L’implication dans l’enseignement ne suppose pas toujours de quitter totalement la pratique du soin : plus de 12 000 généralistes sont aujourd’hui maîtres de stage universitaires, et près de 1/3 combine cette mission avec un engagement dans une équipe de coordination (source : Collège National des Généralistes Enseignants, chiffres 2023).

Premiers pas : se former, identifier les compétences-clés

Évoluer vers la coordination ou l’enseignement requiert des compétences spécifiques, rarement enseignées durant le cursus initial. Les principales qualités demandées sont, par exemple :

  • Capacité d’écoute et de médiation interprofessionnelle
  • Aptitude à construire et à piloter des projets collectifs
  • Maîtrise de la communication pédagogique et/ou institutionnelle
  • Analyse de pratiques, gestion des conflits, gestion de l’évaluation

Depuis 2018, plusieurs Diplômes Universitaires (DU) répondent à ces besoins : DU Coordination de parcours, DU Management d’équipe de santé, DU Pédagogie médicale. De même, l’Agence Nationale du Développement Professionnel Continu (ANDPC) propose des modules d’EPP (Évaluation des Pratiques Professionnelles) axés sur la coordination. Ces formations, majoritairement compatibles avec l’exercice professionnel, sont un sésame pour postuler à des missions structurées.

Le chemin de la coordination : quels dispositifs, quelles réalités ?

Structures et statuts disponibles

Voici un tableau synthétique des modèles fréquemment rencontrés :

Structure Mission type Temps d’engagement Statut Rémunération (indicatif)
Maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) Animateur d’équipe, gestion des protocoles, coordination ville-hôpital 1 à 2 demi-journées/semaine Liberal/Salarié Indemnisation par l’ACI (jusqu’à 26 000 €/an à répartir)
EHPAD Médecin coordonnateur Temps partiel (décret 2016-1743 : 1 ETP pour 300 résidents) Salarié (généralement) Environ 2 000 à 4 000 €/mois selon quotité
CPTS Référent, animation de projet, articulation territoriale Demi-journées ou ponctuel Libéral, prestataire ou salarié d’association Variable (forfaitisation annuelle selon missions, source URPS 2024)

L’expérience montre qu’il n’y a pas de parcours-type : certains s’engagent d’abord ponctuellement par une mission locale, d’autres intègrent un dispositif national comme les référents PRADO ou les expérimentations article 51 (loi de financement de la Sécurité Sociale). Les compétences acquises au fil de l’eau (gestion d’équipe, négociation, usage des SI-Santé...) sont très recherchées.

Vers une reconnaissance progressive

Un point essentiel reste la reconnaissance statutaire. Si le décret du 26 décembre 2016 a clarifié la mission et la responsabilité juridique des médecins coordinateurs en EHPAD (et durci les exigences de formation), d’autres formes d’engagement, notamment en CPTS, restent souvent peu visibles et mal valorisées sur le plan indemnitaire (Cf. rapport IGAS 2023).

L’enseignement : devenir MSU ou formateur, un engagement structurant

Devenir maître de stage universitaire (MSU), c’est transmettre, accueillir, évaluer. Depuis la réforme du DES de médecine générale (2017), le rôle des MSU est devenu central. Les critères pour accueillir un externe ou un interne sont précis :

  • Participer à une session de formation initiale (département universitaire, Collège des Généralistes Enseignants)
  • S’engager à suivre une formation annuelle (exigence de l’ANDPC ou des universités)
  • Accepter la supervision et l’évaluation régulière par l’université

Le nombre d’internes en médecine générale a augmenté de 40 % en 10 ans, les besoins en lieux de stage et en encadrement aussi (source Conseil National des Universités, 2023). La rémunération, longtemps modeste, s’est améliorée : environ 600-700 €/mois pour un interne à temps plein, près de 3 000 €/an pour un externe, variable selon les sites et les ARS (cf. décret du 8 novembre 2018 et avenants conventionnels).

Multiplicité des champs d’intervention

  • Enseignement universitaire : séminaires pédagogiques, groupes d’analyse de pratique, évaluation de mémoires
  • Formation continue : interventions dans des programmes de DPC, DU, IFSI, conférences locales
  • Pilotage de projets innovants : simulation, e-learning, tutorat de projets qualité / recherche clinique en soins primaires

Des bénéfices et des freins réels

Les témoignages recueillis lors de forums régionaux soulignent :

  • Un gain de dynamisme professionnel et de compétence, rompt la routine du cabinet isolé
  • Une exigence de disponibilité, parfois difficile à conjuguer avec la charge clinique
  • Des tensions dans la relation pédagogique, notamment lors d’internes en autonomie avancée
  • L’importance du soutien institutionnel local : réseau d’autres MSU, accès facile aux référents universitaires

Conseils pratiques pour amorcer la transition

Le passage d’une activité centrée sur le soin à un rôle de coordination ou d’enseignement suscite autant d’enthousiasme que d’interrogations. Voici des étapes essentielles, issues de l’expérience de plusieurs collectifs professionnels :

  1. S’informer : Prendre contact avec les structures régionales ou les coordinations locales (MSP, CPTS, Département universitaire de médecine générale). Participer à des réunions d’information ou des séminaires sur le thème.
  2. S’auto-évaluer : Identifier ses propres motivations (investissement local, appétence pédagogique, souhait de diversification…) et ses limites (temps disponible, fatigue, aspects financiers).
  3. Se former : Repérer les DU, masters, ou formations DPC pertinentes. Solliciter le retour d’expérience de pairs en MSP ou en enseignement.
  4. Démarrer progressivement : S’engager d’abord dans une mission ponctuelle (co-animation d’une réunion, accueil ponctuel d’un étudiant, implication dans un projet qualité). Prendre le temps d’observer et de solliciter un mentor local.
  5. Clarifier les aspects réglementaires et indemnitaires : Consulter les textes (décrets, conventions) et vérifier les modalités auprès des ARS, URPS ou structures universitaires.

Un élément de réussite commun : ne pas s’isoler ! Le contact avec d’autres médecins déjà impliqués permet d’éviter la lassitude, d’obtenir une aide concrète, et de bénéficier d’opportunités inattendues.

Où continuer à faire évoluer sa carrière : ouverture sur de nouveaux territoires professionnels

La diversification du métier de médecin généraliste, dans un contexte de crise démographique et de quête de sens chez les jeunes professionnels, est en marche : la Fédération Française des Maisons et Pôles de Santé (FFMPS) recense plus de 2 100 structures pluriprofessionnelles au dernier recensement, et la quasi-totalité dispose aujourd’hui d’une fonction de coordination médicale. Les universités et ARS multiplient les appels à candidature pour recruter de nouveaux maîtres de stage ou référents dans les dispositifs territoriaux (cf. FFMPS, Collège National des Généralistes Enseignants, rapport IGAS 2023).

Les trajectoires les plus durables semblent celles où la coordination et l’enseignement s’intègrent progressivement à la pratique clinique, créant de véritables « carrières mixtes » adaptées aux besoins du territoire. Le médecin généraliste n’est plus seulement un acteur de la file active : il impulse, transmet, construit, sans renoncer à la proximité avec les patients. De quoi donner corps à l’ambition d’une médecine générale pleinement collective et formatrice, pour aujourd’hui… et pour demain.

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