Un contexte particulier, des besoins spécifiques

L’exercice du médecin généraliste en hôpital local s’est transformé ces vingt dernières années. Prise en charge médicale polyvalente, gestion de soins non programmés, réunions de coordination… Le temps des consultations s’articule avec celui de la vie institutionnelle. Pourtant, si la réalité du travail diffère parfois profondément de celle d’un cabinet urbain ou d’un centre de santé, les obligations de formation – et surtout les opportunités offertes par le Développement Professionnel Continu (DPC) – concernent chaque praticien.

Depuis la loi HPST de 2009, le DPC impose à tout médecin une obligation triennale de formation, avec un accent mis sur la qualité et la sécurité des soins. Ce cadre évolue sans cesse : nouveaux formats, thématiques émergentes, dispositifs hybrides… Dès lors, une question simple s’impose : à quels dispositifs de DPC peut réellement accéder un généraliste qui exerce, à titre principal ou complémentaire, en hôpital local ? Les réponses sont plus diverses – et parfois plus innovantes – qu’on ne l’imagine.

Le DPC : un cadre général, mais des modalités plurielles

Le DPC (défini par l’article L4021-1 du Code de la Santé Publique) repose sur un triptyque : formation continue, évaluation des pratiques professionnelles, gestion des risques. C’est l’Agence Nationale du DPC (ANDPC) qui pilote la prise en charge des formations obligatoires. Mais chaque médecin peut choisir, pour remplir son obligation, entre trois types d’actions :

  • Actions de formation : Les plus classiques, en présentiel ou en e-learning.
  • Analyses des pratiques : Retour collectif ou individuel sur des situations cliniques réelles.
  • Gestion des risques : Outils de revue de morbi-mortalité, audit de prescriptions, protocoles qualité.

Le Conseil National Professionnel de Médecine Générale (CNPMG) définit avec l’ANDPC les axes prioritaires pour la spécialité. Mais pour les médecins en hôpital local, d’autres organismes – parfois locaux, parfois hospitaliers – prennent aussi le relais.

Accès au DPC : spécificités et financements pour les praticiens hospitaliers locaux

Le DPC est accessible, en pratique, aux généralistes libéraux, salariés du secteur privé, et praticiens de centres de santé. Pour ceux qui exercent en hôpital local, la situation varie :

  • Statut libéral (exercice mixte) : accès au DPC « libéral » avec indemnisation jusqu’à 21 heures par an (soit 945€ HT/an en 2024 – Source : ANDPC).
  • Statut salarié d’hôpital local : accès au DPC financé par l’employeur (FIF-PL non accessible), ou DPC hospitalier intégré dans le plan de formation de l’établissement.
  • Médecins à temps partiel, remplaçants, ou en exercice partagé : accès variable, à clarifier selon la quotité et le régime de cotisations.

Il existe souvent une méconnaissance des droits : 62% des médecins estiment ne pas avoir « toutes les informations utiles sur leur DPC » selon le rapport IGAS 2022 sur la formation médicale continue.

Quels organismes et formats de formation choisir ?

Les organismes référencés par l’ANDPC se sont multipliés : société savantes, associations territoriales, organismes privés de formation, structures hospitalières. Le médecin généraliste en hôpital local dispose aujourd’hui d’une gamme rarement égalée :

  • Sociétés savantes : Société Française de Médecine Générale (SFMG), Collège de la Médecine Générale (CMG) avec des programmes adaptés aux soins de proximité.
  • Organismes territoriaux : Fédération des Hôpitaux de France (FHF), unions régionales (URPS), qui proposent des DPC centrés sur les problématiques locales : usagers âgés, organisation de la permanence des soins, protocoles partagés ville-hôpital.
  • Formations « intra-hospitalières » : souvent initiées par la CME ou la direction qualité, ouvertes à l’équipe pluridisciplinaire dans l’hôpital local (par exemple, revue de morbi-mortalité, analyse de dossiers complexes, etc.).
  • Offres numériques : plateformes e-learning, MOOC, classes virtuelles. En 2024, selon l’ANDPC, 41% des actions DPC suivies par les médecins généralistes sont désormais hybrides ou 100% distancielles.

À noter : plus d’un tiers des médecins généralistes d’hôpital local suivent aujourd’hui au moins une action DPC hors de leur territoire immédiat, notamment via la visioconférence ou des modules à distance (données Le Cnom, 2023).

Thématiques phares et besoins identifiés dans les hôpitaux locaux

Les retours de terrain et les démarches qualité menées dans plusieurs régions ont permis d’identifier des thématiques particulièrement cruciale en hôpital local :

  • DPC en soins palliatifs, gériatrie, coordination gérontologique : réponse à la dominante gériatrique des séjours et à l’accompagnement des ruptures de parcours.
  • Gestion des situations aigües et de la permanence des soins : triage, soins non programmés, gestion des urgences médicales en structure sans plateau technique lourd.
  • DPC en qualité et sécurité des soins, circuit du médicament, prévention des erreurs médicamenteuses.
  • Formation à la coordination pluriprofessionnelle : animation de temps de concertation pluriprofessionnelle, protocolisation des transmissions avec l’EHPAD, l’ambulatoire, etc.
  • DPC sur les liens ville-hôpital : organisation des admissions, coopération avec les infirmiers ou les professionnels paramédicaux, échanges avec les médecins traitants extérieurs.

Selon l’enquête « Médecine générale en hôpital local » (URPS Normandie, 2023), les formations les plus demandées portent sur : la gestion des risques infectieux, l’antibiorésistance, la fin de vie, et la prise en charge des polypathologies complexes.

Tableau synthétique : DPC accessibles selon le statut d’exercice

Statut du médecin DPC ANDPC DPC employeur (hôpital local) Accès FIF-PL Temps de formation financé Indemnisation
Libéral pur ou mixte Oui Non sauf accord spécifique Oui sauf salariés 21h/an DPC 945€/an
Salarié d’hôpital local Non (hors délai ou organisations spécifiques) Oui Non Variable selon plan de formation Rémunération interne, souvent sur temps de travail
Remplaçant occasionnel Oui si cotisation ANDPC Non Non 21h/an 945€/an
Exercice partagé MSP/hôpital local Oui Souvent Oui Oui selon régime 21h/an + plan de formation Cumul possible

Exemples concrets d’actions DPC adaptées à l’hôpital local

  • Audit pluriprofessionnel sur la prise en charge de la douleur : permet de réunir médecins, IDE, kinés, coordination EHPAD.
  • Ateliers sur la gestion du circuit du médicament : formation commune médecins/Infirmiers pour la sécurisation des prescriptions.
  • Cycle e-learning sur la prise en charge des chutes chez la personne âgée : modules créés avec la SFGG (Société Française de Gériatrie et Gérontologie).
  • Revues de morbi-mortalité pluridisciplinaires : validées DPC par l’ANDPC, organisées avec la CME sur des cas complexes gériatriques ou des évènements indésirables graves.
  • Simulations in situ : situations aiguës simulées dans les locaux de l’hôpital local, validées dans un parcours de gestion des risques. Source : ARS Bretagne 2022.

De nombreuses actions sont aujourd’hui conçues pour le cadre de l’hôpital local, au plus près des réalités de l’équipe – et non plus simplement par déclinaison de dispositifs pensés pour l’urbain ou le CHU.

Pistes pour construire un parcours DPC pertinent et sur-mesure

Plusieurs bonnes pratiques, issues de retours d’équipes et de recommandations nationales (CNPMG, SFMG), peuvent aider à construire une offre DPC adaptée à l’hôpital local :

  1. Identifier les besoins réels de terrain : questionnaire équipe, revue d’incidents, analyse des RMM et TMR (temps médicaux de retour d’expérience).
  2. Mixer les formats : alterner formation individuelle (e-learning, MOOC), ateliers collectifs (audits, ateliers qualité) et actions centrées sur la coordination.
  3. Associer la pluridisciplinarité : intégrer infirmiers, pharmaciens, aides-soignants à certaines actions validantes DPC.
  4. Anticiper l’organisation : planifier sur l’année l’articulation DPC/activité clinique pour garantir un véritable temps consacré à la formation.
  5. S’appuyer sur les ressources locales : URPS, GHT, ARS, associations territoriales (ex : Fédération Nationale des Hôpitaux Locaux) pour mutualiser les initiatives.

Évolutions attendues et tendances 2024

Pour 2024-2026, plusieurs évolutions majeures concernent le DPC en hôpital local :

  • Essor des formations hybrides : la part du distanciel s’accentue, notamment pour les généralistes de zones rurales éloignées.
  • Déploiement du DPC « territorialisé » : montée en puissance des DPC conçus par des réseaux de soins locaux, en fonction des besoins du territoire (ex : filières gériatriques, PTA, CPTS).
  • Intégration de la simulation médicale : de plus en plus d’hôpitaux locaux s’y engagent en partenariat avec des structures universitaires régionales.
  • Renforcement du suivi de l’obligation triennale : la traçabilité des actions DPC réalisées s’automatise et la vérification par l’Ordre progresse (ANDPC, Bilan annuel 2023).

Pour aller plus loin : liens et ressources utiles

Entre contraintes et innovations : quelle dynamique en hôpital local ?

L’offre DPC n’a jamais été aussi riche pour les médecins généralistes en hôpital local. Si l’accompagnement institutionnel reste inégal selon les régions et la taille des établissements, la dynamique collective d’auto-formation et d’innovation se diffuse peu à peu. Il y a matière à mutualiser, inventer, et concevoir des parcours vraiment adaptés aux réalités du terrain. Le DPC, loin d’être une contrainte administrative supplémentaire, est en train de se métamorphoser en véritable levier pour une médecine de proximité de qualité, agile, et à l’écoute des besoins locaux.

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