Le Développement Professionnel Continu (DPC) : cadre, chiffres et réalités du terrain

Imposé par la loi HPST en 2009, généralisé et formalisé par la suite, le Développement Professionnel Continu (DPC) s’est aujourd’hui imposé comme la pierre angulaire du renouvellement des connaissances médicales (Ministère de la Santé). Chaque médecin généraliste doit suivre un parcours de DPC triennal. Pourtant, l’adhésion à ce principe masque des disparités notables.

  • En 2022, selon l’Agence Nationale du DPC, moins de 65 % des médecins généralistes avaient rempli leurs obligations triennales (Source : ANDPC).
  • Les praticiens en zone rurale ou semi-rurale affichent un taux de participation moindre, de l’ordre de 55 % versus plus de 70 % dans les zones urbaines et périurbaines (Commission des Affaires Sociales, 2022).

Les contraintes de temps, la charge clinique, l’isolement et le manque d’offres localisées sont les freins principaux identifiés. À cela s’ajoute la difficulté de concilier formation et continuité des soins, notamment dans les zones à faible démographie médicale où l’hôpital local reste souvent le dernier rempart contre la désertification.

Ville et hôpital local : complémentarité, disparités et logiques propres

L’organisation de la formation continue diffère radicalement selon l’exercice libéral en cabinet de ville, ou salarié au sein d’un hôpital local. Pourtant, la réalité du territoire amène de plus en plus d’acteurs à penser les dispositifs de manière partagée.

  • En ville : l’indépendance et la souplesse d’organisation permettent souvent un choix plus personnalisé des formations, mais impliquent une auto-motivation importante, et la nécessité de gérer seul l’absence temporaire.
  • En hôpital local : le collectif de travail (petites équipes), l’appui administratif et les horaires parfois plus structurés favorisent la participation, mais réduisent parfois la liberté de choisir ses thématiques.

L’enjeu central aujourd’hui repose sur l’articulation entre ces deux mondes, notamment pour les médecins en exercice mixte – une réalité en forte progression, notamment dans les territoires en tension – et pour fluidifier la communication entre acteurs.

Panorama des formats et outils de formation continue existants

La palette des formats disponibles s’est enrichie ces dernières années, impulsée par la pandémie de Covid-19, les innovations pédagogiques et le nécessaire ajustement aux besoins réels du terrain. On peut regrouper ces modalités en trois grandes catégories :

  1. Formations présentielles sur site ou hors site :
    • Formations en soirée, universités de médecine générale, congrès nationaux et régionaux (CNGE, SFMG…)
    • Ateliers organisés en lien avec les établissements hospitaliers : staff mixtes, journées thématiques, formations communes ville-hôpital
    • Recommandation HAS/ARS d’intégrer au moins une action collective inter-professionnelle tous les trois ans (HAS)
  2. Formations à distance et e-learning :
    • Webinaires, classes virtuelles, MOOC, formations asynchrones ou synchrones (Edumed, SIDES, DPC ANFH pour les salariés…)
    • Accès élargi pour les médecins des hôpitaux locaux, souvent éloignés des grands centres universitaires
    • En 2021-2022, les formations à distance représentaient 44 % des actions DPC validées en médecine générale (DREES, État de la formation continue médicale 2022)
  3. Actions d’amélioration des pratiques et retours d’expérience :
    • Audit de pratique collective, réunions de retour d’expérience (Rex)
    • Groupes de pairs, analyse de dossiers, simulation en équipe pluriprofessionnelle
    • Initiatives innovantes portées notamment par certaines Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) et équipes de MSAP

Zoom sur les initiatives locales : entre innovation et pragmatisme

À côté de l’offre nationale (ANDPC, organismes agréés…), des dynamiques de terrain émergent pour adapter la formation continue aux besoins spécifiques du territoire. Quelques exemples récents illustrent l’agilité de ces démarches :

  • Le Collège régional de médecine générale Auvergne-Rhône-Alpes propose des formations associant internes, libéraux, praticiens hospitaliers et médecins des hôpitaux locaux sur des thématiques partagées (parcours personnes âgées, soins palliatifs, lien avec EHPAD).
  • Le GHT de Haute-Marne a lancé en 2023 un programme de e-learning commun entre médecins hospitaliers, généralistes de ville et MSP rurales sur l’antibiorésistance et la gestion des situations de crise sanitaire.
  • CPTS du Pays de Redon : un cycle annuel de formation-action, avec alternance de webinaires et d’ateliers sur site, axé sur la coordination de la prise en charge des maladies chroniques entre ville et hôpital local.

Ces initiatives mettent en lumière trois points communs : leur ancrage territorial, leur dimension pluriprofessionnelle et leur capacité d’adaptation pragmatique. Elles permettent aussi d’identifier les besoins non couverts par l’offre nationale.

Défis récurrents : logistique, financement, temps médical

Si l’offre existe et s’enrichit, plusieurs obstacles structurels freinent encore la formation continue :

  • Le temps médical : Principal frein cité, notamment dans les zones sous-dotées. Selon une enquête du CNGE menée en 2022, 42 % des généralistes n’ont pas pu valider leur DPC faute de temps disponible (CNGE, 2022).
  • L’accès au remplacement : Problème cruciale dans les territoires isolés, où s’absenter même une demi-journée implique un report d’activité sur plusieurs semaines.
  • La couverture financière : Bien que le DPC libéral soit financé à hauteur de 21 heures/an (environ 945 euros/an – ANDPC 2023), cela couvre rarement l’ensemble des coûts indirects (hébergement, perte d’activité, formation hors référentiel, etc.).
  • La visibilité et la lisibilité des offres : Prolifération des organismes, absence de coordination centralisée, difficulté de repérage surtout pour les médecins isolés hors des bassins universitaires.

Les opportunités, demain : quelles pistes pour renforcer la formation continue partagée ?

Penser la formation continue comme une politique de santé territoriale plutôt qu’une simple obligation réglementaire ouvre de nouveaux espaces d’innovation. Plusieurs leviers concrets peuvent être identifiés :

  • L’essor des plateformes d’échange interprofessionnelles : Forums de discussion, bibliothèques numériques collaboratives pour mutualiser cas cliniques, supports et recommandations.
  • Le développement de formations labellisées “territoire” : Offres construites sur la base de problématiques partagées par les hôpitaux locaux et les professionnels de ville, avec une valorisation dans le parcours de carrière (reconnaissance à la certification, CME…).
  • L’incitation à l’exercice mixte : Valoriser la circulation des médecins entre ville, hôpital local, MSP et collectivités afin d’élargir le spectre des formations accessibles et consolider une culture commune.
  • Le financement dérogatoire pour les zones fragiles : ARS, collectivités et Assurance Maladie expérimentent en 2024 des dispositifs de “soutien formation” destinés aux praticiens des communes les plus isolées : forfaits de remplacement, aides au déplacement, co-financement d’outils numériques (Décret n°2023-880).
  • La simulation en santé et les ateliers pratiques : Ces outils, longtemps réservés aux CHU et grands centres hospitaliers, se diffusent progressivement dans les hôpitaux locaux et MSP, offrant une alternative puissante aux formats théoriques.

Bilan et perspectives : relier formation, attractivité et qualité des soins

Derrière la question de la formation continue se dessine tout un projet de société. À l’heure où l’accès égal aux soins repose sur la capacité à recruter, fidéliser et faire progresser les professionnels, la ville et l’hôpital local se rapprochent autour d’une évidence : c’est au croisement de la pratique générale, de la proximité et de la transversalité que se joue la pertinence de la formation.

L’enjeu, en 2024, n’est plus tant l’offre de formation que sa capacité à répondre, sur le terrain, aux particularités – et parfois aux urgences – locales. Les territoires qui s’emparent de cette dynamique (via les CPTS, groupes de pairs, équipes mixtes) en tirent déjà des bénéfices réels : maintien de la compétence, attractivité, innovations organisationnelles et réduction du sentiment d’isolement.

L’avenir de la formation continue en médecine générale passera sans doute par la multiplication d’initiatives coordonnées, construites avec les acteurs locaux et pensées comme un levier collectif au service d’une qualité de soin renouvelée. À cet égard, l’articulation entre ville et hôpital local n’apparaît plus comme un vœu pieux, mais comme une nécessité pragmatique dont chacun peut être acteur.

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