Pourquoi la formation continue est devenue stratégique en médecine générale

  • Rapidité des évolutions médicales : Selon une étude de l'Académie nationale de médecine (2022), le volume de données biomédicales double tous les 73 jours. La veille scientifique n’est plus seulement souhaitable, elle est vitale pour garantir la sécurité des soins.
  • Transformation des parcours patients : Développement des prises en charge en ambulatoire, explosion des pathologies chroniques, vieillissement de la population : l’exercice du généraliste se complexifie. L’actualisation de ses compétences, notamment organisationnelles, devient un enjeu pour la qualité des parcours (source : DREES, 2023).
  • Exigence réglementaire : Depuis la réforme du Développement Professionnel Continu (DPC) en 2016, chaque professionnel de santé a l'obligation de se former régulièrement. Selon l’ANDPC, seuls 81 % des médecins généralistes ont satisfait à cette exigence lors du dernier cycle triennal clos en 2022.
  • Évolution de la pratique professionnelle : Téléconsultations, protocoles partagés avec les paramédicaux, montée en puissance de la prévention… Les compétences attendues dépassent largement le champ clinique.

Cartographie de l’offre : repérer les formations accessibles et pertinentes

L’un des pièges actuels est la profusion de l’offre. Formation DPC, DU universitaires, séminaires de sociétés savantes, e-learning, compagnonnage en maison de santé… À la rentrée 2024, on recense plus de 1500 programmes accessibles aux généralistes en France métropolitaine, selon la Fédération des collèges de médecine générale.

Les principaux types de formation

  • Actions DPC agréées : Formation réglementée, prise en charge financière partielle ou complète, points attribués pour la validation de l’obligation triennale.
  • Diplômes Universitaires (DU et DIU) : Formation approfondie, souvent thématique (ex : soins palliatifs, addictologie, échographie), diplômante, exigeant un engagement de plusieurs mois.
  • Formations proposées par les sociétés savantes : Collège de la médecine générale, CNGE, associations régionales… Elles proposent des formations innovantes, adaptées à la pratique de terrain, parfois sous forme de groupes Balint ou d’ateliers interactifs.
  • Formations en ligne et MOOCs : Une vingtaine de plateformes (dont E-Prévention, Asclépios, FormaSanté, Université numérique en santé et sport UNESS) offrent des modules à la demande, facilement adaptables à l’agenda du praticien.
  • Formations en équipe pluriprofessionnelle : De plus en plus prisées dans les MSP/CPTS, elles permettent une montée en compétence collective sur des thématiques comme la coordination ou la gestion de la qualité.

Identifier ses besoins : se donner des priorités réalistes et sur-mesure

Un choix pertinent de formation part toujours d’un diagnostic personnel qui ne se limite pas à l’exigence réglementaire. Trois axes majeurs sont à examiner :

  1. Besoins cliniques : Renforcer ses compétences dans un domaine précis (ex : pathologies cardiovasculaires, santé mentale, dermatologie courante). Utiliser pour cela le retour sur pratiques, voire s’appuyer sur son profil de prescription via l’Assurance maladie (profil Outil EPP).
  2. Axes transversaux et organisationnels : Gestion du temps médical, amélioration du travail en équipe, utilisation des téléservices, prévention de l’épuisement professionnel, gestion de la relation avec les aidants. Ce sont les axes les moins spontanément choisis, mais souvent les plus porteurs sur la qualité de vie au travail.
  3. Adaptation au contexte local : S’outiller sur les enjeux territoriaux spécifiques (soins non programmés, publics précaires, gestes techniques en zone isolée, adaptation à la démographie locale). Les besoins ne sont pas les mêmes pour un généraliste urbain, isolé, en secteur touristique ou en zone sous-dense.

Outils pour identifier ses besoins

  • Entretiens avec ses pairs : La pratique de l’analyse de pratiques (APP), individuel ou en groupe, aide à faire émerger les besoins réels (source : Haute Autorité de Santé, 2018).
  • Observation des motifs de consultation : Faire le point sur les situations complexes, récurrentes ou sources d’incertitude, peut guider vers la formation la plus utile.
  • Auto-évaluation assistée : Outils en ligne (auto-diagnostiqueur ANDPC, grilles de compétences par le CNGE) pour un retour objectif, parfois inattendu, sur les axes d’amélioration.

Critères essentiels pour bien choisir sa formation continue

Critère Description Sources / exemples
Pertinence scientifique Formation fondée sur les recommandations actualisées, issue d’un organisme reconnu (facultés, sociétés savantes). HAS, Collège de la Médecine Générale*
Pertinence pour sa pratique Adéquation aux besoins identifiés (voir ci-dessus), contextualisation possible au territoire. Sociétés régionales, retours d’expérience
Pédagogie et modalités Alternance de théorie, ateliers pratiques, simulation, retours de cas réels. Formations CNGE, e-learning interactifs
Flexibilité / accessibilité Compatibilité avec les contraintes de planning, accessibilité géographique ou en distanciel. Formations hybrides DPC, MOOCs
Validation réglementaire Formation éligible au DPC ou valorisable dans le Portefeuille professionnel (RPPS). Liste ANDPC (agencedpc.fr)
Rapport investissement / bénéfice Temps, coût, mais aussi retombées concrètes sur l’activité du praticien. Retours pairs, discussion avec collègues

*Source : HAS, recommandations DPC

À surveiller : pièges et biais à éviter

  • Formations financées par l’industrie : Le rapport de la Cour des Comptes (2022) souligne que près de 30 % des formations sont (en partie) soutenues par des entreprises pharmaceutiques ou dispositifs médicaux, ce qui peut introduire des biais dans les contenus. Privilégier la transparence sur les financements.
  • Effet de mode : L’engouement pour certaines thématiques (ex : Intelligence artificielle, médecine narrative) ne doit pas se substituer à la pertinence pour sa pratique réelle.
  • Surcharge et dispersion : Accumuler les formations “par défaut”, sans fil directeur, peut conduire à une perte de sens ou à un épuisement. Prioriser la qualité à la quantité.
  • Isolement dans le suivi : Sans retour d’expériences ou échanges avec les pairs, il est difficile d’évaluer l’impact des formations sur la pratique quotidienne.

Favoriser l’impact réel de la formation sur sa pratique

  • Systématiser le partage entre pairs : Organiser des réunions de retour, des groupes de discussion (présentiel ou WhatsApp), pour mutualiser les acquis et les transformer en changements organisationnels.
  • Inscrire la formation dans la dynamique du territoire : L’efficacité d’une formation sur la coordination ville-hôpital, par exemple, sera décuplée si elle donne lieu à un projet commun (parcours partagé, organisation d’un Réseau territorial de santé).
  • Évaluer l’après-formation : Utiliser les outils d’évaluation mis à disposition à la sortie, auto-observation ou feedback patient (questionnaire d’expérience patient), afin de mesurer l’évolution réelle.

Panorama 2024 : tendances et innovations à surveiller

  • Simulations en santé et serious games : L’essor de modules de simulation (urgences, consultations simulées en EHPAD, gestion de crise) améliore la mémorisation et la transférabilité des compétences.
  • Formations sur le numérique : Près de 60 % des généralistes se sentent “peu ou pas formés” aux outils de télémédecine et à la gestion de la donnée (Baromètre SFMG 2023). Les offres sur ce segment sont en forte croissance.
  • Développement des REX (retours d’expériences) et audit de pratiques en équipe de soins primaire : Valorisé par le DPC, permet d’ancrer la formation dans le réel, en équipe, et de générer des pistes d’amélioration directement applicables.

Perspectives : choisir une formation, c’est aussi choisir son rôle de professionnel de santé de proximité

Au bout du compte, bien choisir sa formation continue en médecine générale, c’est se donner les moyens d’être en phase avec l’évolution des besoins de sa patientèle et de son territoire. C’est aussi affirmer une posture de soignant réflexif et engagé dans la transformation de l’offre de soins. Loin de la simple contrainte réglementaire, la formation continue devient alors un levier d’épanouissement collectif et une condition de la survie d’une médecine générale de qualité, accessible et humaine – dans chaque territoire.

Pour des références complémentaires :

  • ANDPC
  • HAS
  • DREES – Enquête sur la formation continue des médecins généralistes (2023)
  • Cour des Comptes – Rapport public annuel 2022
  • Fédération des collèges de médecine générale
  • Baromètre SFMG 2023

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