Pourquoi s’engager comme maître de stage ? Le choix de la transmission au cœur du soin

Le maître de stage universitaire (MSU) incarne un maillon stratégique dans la chaîne de formation des futurs médecins généralistes. Il ne s’agit pas d’accueillir passivement un interne, mais bel et bien de s’inscrire au cœur de l’évolution du métier, dans un contexte où la médecine de proximité connaît des défis sans précédent, entre nouvelles attentes sociétales, réformes successives et désertification territoriale.

S’engager en tant que MSU, c’est :

  • Valoriser son expérience clinique et sa passion du métier.
  • Participer à la formation d’internes souvent en quête de sens, d’engagement local, d’une culture de la polyvalence.
  • Renforcer l’attractivité de son territoire et de son exercice, qu’il soit rural, urbain ou « intermédiaire ».
  • Faciliter l’installation ultérieure de nouveaux généralistes là où ils auront découvert un exercice et une équipe stimulants.
  • Rompre une certaine solitude professionnelle, en favorisant le travail en binôme ou en pluriprofessionnel autour de situations de soins concrètes.

À l’échelle nationale, près de 10 000 MSU accueillent plus de 9 000 internes en 3e cycle de médecine générale chaque année (source CNGE, 2023). Pourtant, cela reste insuffisant : la DREES recensait fin 2022 un réel déficit d’offres de stages en ambulatoire, limitant parfois la fluidité du parcours de formation des internes et leur familiarisation avec le quotidien des cabinets.

Qui peut devenir maître de stage en médecine générale ?

Le statut de maître de stage universitaire est précisément défini par la réglementation et les attentes des facultés de médecine.

  • Le MSU doit être titulaire du diplôme d’État de docteur en médecine et disposer d’une expérience clinique significative – généralement, au moins 3 ans d’exercice autonome en soins primaires.
  • L’agrément est ouvert aussi bien en cabinet de ville, qu’en maison ou centre de santé, voire en établissement hospitalier local (avec une activité de soins de premier recours).
  • Tous les modes d’exercice sont concernés : libéral, salarié, mixte.
  • Il existe également la possibilité du « maître de stage associé » pour les médecins en collaboration ou remplaçants réguliers dans les structures agréées.

Le Conseil National de l’Enseignement des Généralistes (CNGE) et les facultés insistent sur l’importance de l’engagement individuel, mais aussi de la capacité à travailler en équipe, à partager des situations, et à se remettre en question.

Les prérequis spécifiques généralement demandés

  • Avoir suivi ou s’engager à suivre une formation initiale à la pédagogie des internes (organisation locale, Encadrement, évaluation, gestion des conflits…)
  • Offrir un environnement de stage propice, à la fois en termes de diversité de patientèle, d’accès à la coordination pluriprofessionnelle, et d’organisation sécurisante (temps dédié, accès à une salle de repos, confidentialité…)
  • S’engager à respecter le « contrat pédagogique » propre à chaque faculté : accueil, formation continue, évaluation régulière.

Comment obtenir l’agrément ? Étapes et procédure concrète

La procédure d’agrément varie légèrement selon les facultés, mais elle s’articule selon des temps bien balisés :

  1. Prendre contact avec le département universitaire de médecine générale (DUMG)

    Les DUMG accompagnent les candidats, orientent sur les futures étapes et organisent les sessions d’information. En pratique, cela passe essentiellement par un formulaire à remplir ou un contact direct avec le coordinateur local.

  2. Dossier d’agrément

    Il comprend généralement :

    • Curriculum vitae détaillé justifiant l’expérience clinique
    • Description de l’environnement professionnel proposé (localisation, modalités d’exercice, type d’activité…)
    • Attestation d’absence de condamnation disciplinaire ou pénale incompatible avec l’enseignement
    • Engagement formel à suivre la formation initiale proposée par le DUMG
  3. Visite de terrain

    Un enseignant du DUMG ou un binôme de maîtres de stage déjà agrées se rendent sur le lieu d’exercice : discussion sur la motivation, visites des locaux (confidentialité, sécurité...), échange sur les pratiques, repérage des atouts pour la formation.

  4. Validation en commission/université

    Le dossier complet est examiné en commission universitaire, puis l’agrément est attribué pour une durée limitée (souvent 3 à 5 ans), renouvelable sur bilan d’activité pédagogique.

Temps administratif moyen

Toutes facultés confondues, le processus s’étale sur 2 à 6 mois, selon le calendrier universitaire. Certaines régions accélèrent l’intégration en cas de pénurie de terrains de stage ou d’urgence territoriale.

Quelles sont les attentes envers le maître de stage ?

Devenir MSU ne relève pas d’une « simple transmission ». Il existe de véritables attentes pédagogiques et organisationnelles :

  • Accueillir l’interne, l’introduire à l’environnement, à la patientèle et à l’équipe.
  • Organiser une activité partagée progressive, alternant observation, consultation conjointes, consultations supervisées, puis autonomisation, toujours avec débriefing et réflexion partagée.
  • Assurer une sécurité juridique et éthique pour l’interne et le patient : être disponible en cas de difficulté, garantir un accès facile à la supervision.
  • Participer aux outils universitaires d’évaluation : grille d’évaluation, rédaction de rapports de stage, réunions pédagogiques, formation continue universitaire obligatoire (généralement une session annuelle).
  • Encourager l’interne à participer à des activités de prévention, de santé publique, voire à des projets transversaux d’équipe lorsqu’ils existent.
  • Accompagner l’interne dans la découverte administrative du métier (facturation, ROSP, relation avec la CPAM, organisation du temps de travail...)

Exemple pratique : La Réunion, traditionnellement en manque de MSU, a mis en place des temps de tutorat renforcé et la co-construction de projets de santé locaux avec les internes en stage, ce qui a facilité l’identification et l’installation de jeunes médecins dans les secteurs isolés (source : ARS La Réunion, 2023).

Quels bénéfices et apports pour le maître de stage ?

  • Valorisation professionnelle : reconnaissance universitaire, accès à une communauté de pratique dynamique, invitations à participer à certains réseaux (CERF, Santé Publique France, réunions universitaires locales).
  • Rémunération : L’encadrement des internes donne lieu à une indemnisation spécifique (en 2024, de 150 à 450 € mensuels par interne selon le niveau de stage – Source : MG France, CNGE). Ce montant reste modeste, mais il traduit la reconnaissance institutionnelle.
  • Échanges stimulants : Les internes amènent une dynamique nouvelle, remettent en question certaines habitudes, incitent à se former en continu, à questionner ses pratiques, voire à renouveler certains outils et approches de soins.
  • Facilité d’installation, promotion du territoire : Accueillir un interne, c’est souvent faciliter la relève sur place. Des régions comme la Bretagne, l’Occitanie ou certains départements bourguignons voient jusqu'à 45 % de leurs internes installer leur activité sur un territoire où ils ont fait leur stage ambulatoire (source ARS Bretagne, 2022, DREES).
  • Décloisonnement : Travailler avec un interne, particulièrement dans des équipes pluriprofessionnelles, change la façon d’aborder les situations complexes. Cela améliore les réflexes de coordination ville-hôpital, relation avec les paramédicaux ou les secrétariats mutualisés.

Quels défis et quelles solutions concrètes ?

Défi organisationnel : Le temps dédié à la pédagogie ou à la réunion avec l’interne vient s’ajouter à une activité clinique déjà dense. Toutefois, des solutions émergent :

  • Organisation de plages horaires spécialement réservées à la supervision, pour limiter le ressenti de surcharge.
  • Développement du co-encadrement entre plusieurs praticiens d’un même cabinet (stage partagé).
  • Soutien logistique de la part des collectivités territoriales ou des CPTS, avec mise à disposition de salles de supervision, outils numériques de suivi (ex : plateformes d'évaluation sécurisées).

Défi de l’accueil de l’interne : Adapter son cabinet ou son organisation de travail (acquisition d’un bureau/ordinateur supplémentaire, gestion des dossiers partagés, inclusion dans des réunions pluridisciplinaires).

  • L'ARS et certaines collectivités proposent des aides à l’équipement ou à la mise en accessibilité des locaux spécifiquement pour l’accueil de stagiaires (voir dispositifs « MaPrimeMaîtreDeStage », région Grand Est, expérimenté en 2023).

Défi humain et relationnel : Il s’agit d’un véritable compagnonnage, parfois déstabilisant au début. Le MSU doit accepter de se questionner, de se confronter à de nouvelles méthodes ou à une diversité générationnelle. Certains départements universitaires proposent des groupes d’analyse de pratique ou de supervision entre pairs pour accompagner la montée en compétences pédagogiques.

Focus : le rôle moteur du MSU dans l’écosystème de soins local

Être maître de stage, c’est aussi contribuer à la dynamique territoriale :

  • Renforcer la visibilité de la médecine générale : auprès des internes, mais aussi dans la perception publique et institutionnelle du premier recours.
  • Participer à la gouvernance des CPTS, des conseils territoriaux de santé, voire à des projets de recherche ou d’éducation en santé (via les filières universitaires).
  • Faire remonter, via l’interne, les points de blocage mais aussi les innovations des jeunes générations : gestion des patients chroniques, usage des outils numériques, réflexions RSE dans l’organisation des soins.

Témoignage ancré : En 2022, dans une enquête menée par le CNGE auprès de 1200 MSU, 87 % indiquaient que cette fonction avait renforcé leurs liens avec les autres professionnels, amélioré leur satisfaction au travail, et permis d'attirer au moins un jeune médecin pour une installation sur leur territoire dans les 2 années suivant l’accueil en stage.

Ressources pratiques, contacts et poursuite de la démarche

Transmettre, c’est apprendre à chaque étape. Si la fonction de maître de stage s'inscrit dans une logique de contribution à l’écosystème médical local, elle permet aussi d'enrichir durablement sa pratique et de préparer – très concrètement – l’avenir de la médecine générale sur le territoire.

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