Pourquoi la gestion des risques et la sécurité des patients s’imposent-elles en première ligne ?

La sécurité du patient n’est plus un sujet réservée à l’hôpital : elle est désormais une préoccupation de tous les professionnels de la santé, y compris en ville, au sein des centres de santé, des cabinets médicaux, des maisons de santé pluridisciplinaires et des CPTS. Selon l’OMS, jusqu’à 80 % des risques pour la sécurité du patient ne surviennent pas à l’hôpital, mais en soins primaires (OMS, fiche sécurité du patient). L’Assurance Maladie a révélé, en 2022, que près de 20 % des événements indésirables graves évitables anamnestiqués en établissement de santé trouvent leur origine dans la médecine de ville (HAS).

  • Le risque médicamenteux : erreurs de prescription, interactions, confusion de dosages ;
  • Le risque lié à l’organisation : coordination insuffisante, absence de relais de l’information entre ville et hôpital ;
  • Le risque de diagnostic tardif ou d’absence de suivi ;
  • Les erreurs liées à l’utilisation des dispositifs médicaux.

Au quotidien, la gestion des risques vise à anticiper, prévenir et analyser ces événements avant qu’ils ne compromettent la sécurité des soins.

Panorama des modules de formation existants pour la gestion des risques en soins de proximité

Après 2016 et l’entrée en vigueur de l’obligation de formation continue (DPC), la variété et la structuration de l’offre de formation se sont étoffées. Les grands modules de formation actuellement accessibles se déclinent selon différents formats et finalités.

Les modules incontournables en gestion des risques

Module Contenus-clés Durée Organismes principaux
Gestion des événements indésirables associés aux soins (EIAS) Détection des EIAS, déclaration et retour d’expérience, culture « juste » de l’erreur 1 à 2 jours HAS, Fédération des Maisons de Santé (Femas), France Assos Santé
Gestion du risque infectieux en ambulatoire Hygiène des mains, gestion des surfaces et dispositifs, conduites à tenir post-exposition 1 jour CPAM, UFR médecine de ville, CCLIN
Prescription à bon usage et iatrogénie médicamenteuse Bonnes pratiques de prescription, analyse d’ordonnances, surveillance médicamenteuse 14 heures (DPC) URPS, CNPM, CNGE
Communication et gestion des situations à risque Transmission d’informations, coordination pluriprofessionnelle, outils de réunion territoriale Variable (2h à 1 journée) HAS, structures CMSP, Organismes DPC

Des modules innovants dédiés au contexte territorial

  • Analyse de pratique pluriprofessionnelle : mobilisée par les MSP et CPTS, ateliers sur l’analyse collective d’événements indésirables ;
  • Simulation clinique : modules centrés sur des scénarios d’erreurs médicamenteuses ou de rupture de chaîne d’information, sous format jeu de rôle ;
  • Formation à la déclaration des EIGS (événements indésirables graves associés aux soins) : spécifique pour les coordonnateurs, avec outils pratiques (cartographie des risques, rédaction des retours d’expérience, synthèses pour amélioration continue).

Points forts et limites de l’offre de formation en gestion des risques dans les territoires

Le premier constat est que l’offre de formation s’est significativement adaptée aux besoins de la médecine de proximité. Ce n’est plus une déclinaison « light » de la formation hospitalière : la majorité des programmes de DPC sont réellement ancrés dans la pratique de terrain. Quelques chiffres issus de la Drees : en 2022, près de 31 000 professionnels libéraux (médecins, infirmiers, pharmaciens et kinésithérapeutes) ont suivi au moins une action DPC consacrée à la gestion des risques, soit une progression de 45 % en quatre ans.

  • Les formations initiales (universitaires ou DPC) sont dorénavant bien intégrées dans les quotas horaires et les référentiels médicaux : gestion et déclaration du risque font partie de l’ECOS du DES Médecine Générale, par exemple ;
  • Les journées régionales et des séminaires inter-MSP stimulent la réflexion pluridisciplinaire et permettent le partage des retours d’expérience ;
  • Le développement des simulateurs et cas interactifs favorise l’intégration de la sécurité dans la routine, pas seulement lors de « crises ».

Ce qui reste à cheminer

Les principaux points de blocage identifiés sur le terrain sont :

  • L’insuffisance des créneaux horaires réservés à la formation : seuls 37 % des professionnels de santé de ville déclarent pouvoir s’absenter pour des sessions en présentiel (Baromètre DPC 2023) ;
  • L’éparpillement de l’offre, complexité du repérage des modules pertinents, faute de centralisation au niveau régional ;
  • Les difficultés à impliquer toute l’équipe pluriprofessionnelle, en particulier les médecins remplaçants, les nouveaux installés et le personnel administratif ;
  • Le manque de modules adaptés spécifiquement à la coordination ville-hôpital dans les contextes d’urgences ou de transferts complexes.

De la formation à la culture de la sécurité dans les équipes de proximité

Un module de formation ne fait pas à lui seul la sécurité des patients. Là où ils prennent tout leur sens, c’est lorsqu’ils s’intègrent à une véritable dynamique d’équipe. Le retour quotidien du terrain montre un point essentiel : la gestion des risques est réellement efficace lorsque l’apprentissage individuel s’accompagne d’une construction collective, d’outils partagés, d’espaces de débat et d’analyses d’incidents sans stigmatisation.

  • Certains territoires ont mis en place des cellules de déclaration anonymisée d’incidents (Pays de Loire, Bourgogne Franche Comté), avec analyse en équipe restreinte et transmission à la HAS ;
  • Les réunions de morbi-mortalité, importées de l’hôpital mais réadaptées au contexte libéral/pluridisciplinaire, commencent à se généraliser dans les MSP ;
  • La présence de correspondants « gestion des risques » au sein des CPTS, rôle émergent mais clé.

Les exigences réglementaires (notamment l’ordonnance de juillet 2021 relative à la qualité et sécurité des soins en ville) renforcent cette dynamique, mais c’est encore par l’implication, la réflexion et l’entraide locale que progresse la culture du signalement et de l’amélioration continue.

Le futur : des modules de formation orientés sur la coordination territoriale et le numérique

Les axes de développement désormais observés concernent la coordination pluriprofessionnelle et l’intégration des outils numériques. Les prochaines générations de modules devront répondre à ces nouveaux besoins :

  • Déclarer et tracer les incidents numériquement : formation à l’usage des plateformes régionales pour la déclaration d’EIAS, retour d’expérience automatisé ;
  • Simuler la coordination en situation dégradée : exercices de gestion de crise (ex : panne réseau, rupture d’aval hospitalier) ;
  • Former à la cyber-vigilance : hygiène informatique, protection du dossier patient partagé et bonnes pratiques face aux ransomwares (cyberattaques de plus en plus ciblées sur les structures ambulatoires, source : ANSSI 2023) ;
  • Maîtriser l’articulation ville/hôpital/ESMS : modules sur la co-gestion des parcours complexes, en particulier pour les patients âgés ou polypathologiques.

En définitive, la formation à la gestion des risques en médecine de proximité se meut rapidement : d’un aspect parfois perçu comme accessoire ou théorique, elle devient une compétence praticienne centrale, ajustée à l’évolution permanente des métiers du soin dans les territoires. La consolidation de parcours de formation plus lisibles, conjuguée à un appui institutionnel (HAS, DPC, ARS), permettra d’ancrer davantage la sécurité du patient comme socle partagé de la médecine de demain, alliant proximité, innovation, et exigence collective.

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