Pourquoi adapter PAERPA en hôpital local ?

Depuis 2014, la méthode PAERPA (Parcours de Santé des Personnes Âgées en Risque de Perte d’Autonomie) accompagne l’évolution de la prise en charge des patients âgés. L’expérimentation, initiée dans neuf territoires pilotes, visait à fluidifier le parcours des plus de 75 ans, souvent poly-pathologiques, afin de limiter la perte d’autonomie et les hospitalisations évitables (Ministère de la Santé). Mais si nombre d’initiatives se développent dans des Centres Hospitaliers ou en coordination “ville-hôpital”, les Hôpitaux Locaux restaient, jusqu’à récemment, peu investis dans ce type de démarche organisée. Or, ces établissements jouent un rôle charnière dans la prise en charge des personnes âgées, tout particulièrement en zones rurales ou semi-rurales, là où les ressources médicales et sociales sont les plus précieuses.

Ces trois années d’expérimentation de la démarche PAERPA dans des hôpitaux locaux d’Occitanie, de Nouvelle-Aquitaine et du Grand Est offrent un matériau inédit, pragmatique. Quels ajustements, impacts et défis au quotidien ? Quelles leçons pour l’équipe soignante, pour la gouvernance, pour les partenaires du territoire ? C’est tout l’enjeu de ce retour d’expérience.

Organisation de la méthode PAERPA en hôpital local : quels choix concrets ?

Un cadre national, des adaptations locales incontournables

Le socle PAERPA articule trois volets : l’identification des personnes à risque, la construction d’un Plan Personnalisé de Santé (PPS), et un coordinateur de parcours. Rapidement, trois axes d’adaptation spécifique ont émergé dans les hôpitaux locaux :

  • Identification des patients : L’outil d’évaluation gériatrique standardisé (GIR, outil 6D, MNA…) a été utilisé, mais complété par l’avis expert des médecins et IDE du service, souvent plus proches et à même de repérer les signes subtils de la fragilité insidieuse.
  • Élaboration du PPS : Le travail en équipe pluriprofessionnelle (médecin traitant, infirmier, kinésithérapeute, assistante sociale, parfois pharmacien d’officine) s’est montré central, avec des réunions de concertation formalisées — mais la souplesse s’est imposée, chaque établissement adaptant la fréquence, la durée et la composition en fonction de ses moyens.
  • Rôle du coordinateur : Dans la plupart des hôpitaux locaux, ce rôle a été endossé par une infirmière formée à la gestion de cas, appuyée par le médecin coordinateur. La gestion à « taille humaine » permettait un véritable suivi longitudinal, favorisant la personnalisation des parcours.

La relation ville-hôpital revisitée

L’intégration des médecins généralistes et professionnels libéraux a nécessité un travail d’animation territoriale : invitations aux réunions de concertation, informations régulières, création d’un “carnet de liaison” dématérialisé partagé (outils sécurisés type MSSanté ou Hoppen). Le taux de participation des MG aux réunions PPS est passé de 12 % la première année à 38 % la troisième année dans le Sud-Charente, sous l’impulsion d’actions de communication spécifiques.

Quels impacts mesurés en trois ans ?

Des indicateurs simples, des résultats tangibles

Pour évaluer l’impact, trois indicateurs ont été suivis dans cinq hôpitaux locaux volontaires :

  • Nombre d’hospitalisations évitables pour pathologies chroniques (insuffisance cardiaque, chutes, décompensation diabétique/HTA)
  • Taux de réadmissions à 30 jours post-sortie
  • Évolution du maintien à domicile à 12 mois
AnnéeHospitalisations évitables /100 patientsRéadmissions à 30j (%)Maintien domicile à 12mois (%)
Avant PAERPA16,424,544,2
1ère année14,120,249,3
3ème année11,714,961,0

Les chiffres varient selon les territoires, mais la tendance est constante : une diminution de près de 30 % des hospitalisations évitables et des réadmissions à trois ans, et un saut significatif du maintien à domicile (source : ARS Nouvelle Aquitaine, bilan annuel PAERPA, 2021).

Des bénéfices qualitatifs ressentis par les équipes

  • Sérénité accrue lors des sorties : les soignants rapportent moins de ruptures dans la prise en charge, grâce à l’anticipation des besoins (aides humaines, adaptation du logement, coordination avec HAD/SSIAD).
  • Sentiment de cohésion dans l’équipe médicale et paramédicale : les réunions de concertation, même si elles demandent une énergie considérable, sont devenues des espaces de réflexion collective, source de satisfaction professionnelle.
  • Réduction des tensions avec les partenaires extérieurs : le dialogue régulier avec les acteurs du médico-social (CIAS, EHPAD, CCAS) ou les libéraux limite les malentendus et accélère la mise en place des interventions nécessaires.

Freins et leviers : retour terrain

Des difficultés persistantes… mais des ajustements possibles

  • Temps médical et paramédical sous tension : la charge liée à la coordination n’est pas négligeable (en moyenne +35 % de temps infirmier la première année, selon l’ARS Grand Est). Elle doit être reconnue dans le temps de travail et financée (financement FIR prolongé ou élargi).
  • Variable d’ajustement : la digitalisation : si les outils partagés ont permis de gagner en efficacité, les résistances demeurent, techniques (accès internet limité en rural, ergonomie perfectible) ou culturelles. Une formation ciblée reste indispensable.
  • Difficulté à embarquer tous les MG libéraux : certains restent à l’écart du dispositif. La souplesse – détourner le “tout réunion” au profit de solutions asynchrones – (avis téléphoniques, échanges sécurisés) peut lever des réticences.

Les ingrédients d’une dynamique durable

  • L’engagement de la direction de l’hôpital local, qui doit soutenir la démarche au-delà du seul cadre PAERPA.
  • L’identification d’un binôme pilote médecin/infirmier coordinateur, seul moyen d’ancrer le dispositif dans la culture d’équipe.
  • Le relais administratif : la possibilité de s’appuyer sur un(e) secrétaire dédié(e) pour la gestion des convocations, le suivi des relances, et le reporting statistique, est une clé d’efficience.
  • La valorisation visible des résultats : afficher les chiffres, communiquer sur les cas « réussis » auprès des équipes et des partenaires booste l’engagement.

Quelles perspectives pour les années à venir ?

La démarche PAERPA en hôpital local a prouvé qu’une organisation coordonnée, fondée sur le dialogue et la souplesse locale, pouvait changer la donne pour les personnes âgées en situation de fragilité. L’évaluation économique sur trois ans indique une diminution globale des journées d’hospitalisation et une optimisation du recours au SSR (sources : CNAM, DREES 2022). Mais la pérennité suppose une consolidation des financements et un portage politique au niveau territorial, avec un élargissement possible à d’autres profils de patients complexes (polypathologies précoces, troubles psychiatriques associés, etc.).

La dynamique collective enclenchée demeure fragile mais précieuse. Là où la tentation du cloisonnement était forte, le PAERPA adapté aux hôpitaux locaux a permis non seulement une diminution des hospitalisations évitables, mais aussi une transformation, pas à pas, des pratiques et des relations entre professionnels du soin et de l’accompagnement. Les expérimentations montrent que c’est au prix d’un engagement réel de chacun, d’un accompagnement organisationnel, et d’une évaluation transparente, que l’innovation territoriale en santé pourra, demain, tenir ses promesses auprès des plus vulnérables.

Sources : Ministère de la Santé, ARS Nouvelle-Aquitaine et Grand Est, CNAM, DREES, rapport PAERPA 2021.

En savoir plus à ce sujet :