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Prévoir l’anticipation dès l’admission
Trop souvent, la sortie n’est envisagée qu’au moment où la date approche. Anticiper, c’est d’abord questionner, dès l’arrivée du patient, ses conditions de retour : autonomie, environnement familial, besoins en soins. L’anticipation implique d’intégrer d’emblée le médecin généraliste dans la réflexion sur “l’après”. Cela suppose un échange précoce avec la médecine de ville ou, au minimum, l’accès aux coordonnées du médecin traitant dans le dossier patient. Selon la HAS, anticiper la sortie diminue de moitié le risque de réadmission non programmée chez le sujet âgé.
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Piloter la transmission d’informations solides et synthétiques
La qualité de la “lettre de sortie” conditionne la sécurité de la prise en charge post-hospitalière. Trop de récits interminables ou, au contraire, des documents éclatés (“discharge summary”, ordonnances, feuilles isolées) créent une perte d’information. Les recommandations sont claires : la lettre doit tenir en deux pages synthétiques, reprendre
- le diagnostic d’entrée et de sortie,
- les examens et gestes réalisés,
- la chronologie des événements indésirables,
- les adaptations de traitement,
- les consignes de surveillance,
- les rendez-vous planifiés,
- et qui contacter en cas de difficulté.
Dans l’idéal, elle est envoyée avant ou simultanément avec le patient, via messagerie sécurisée type MSSanté. C’est une recommandation forte de la HAS (source).
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Organiser le relais avec le patient (et son entourage)
La sortie hospitalière réussie n’est jamais un acte technocratique. Expliquer, rassurer, vérifier la compréhension du patient et de ses proches représentent des gages de sécurité. Il s’agit d’organiser, lors du dernier jour, une transmission “en face à face”. La littérature décrit qu’un entretien systématique réduit d’un tiers les erreurs médicamenteuses post-sortie (British Medical Journal Quality & Safety).
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Limiter le délai de “trou noir” post-hospitalier
Un patient sorti un vendredi soir, sans relais effectif, ni rendez-vous programmé, c’est le scénario du pire. Plusieurs recommandations européennes insistent sur la rapidité d’un contact post-sortie (visite, téléconsultation, voire simple appel) dès les 48 à 72 h suivant le retour à domicile. Cela permet de repérer rapidement toute anomalie (suspicion infectieuse, troubles neuropsychiques, problèmes de prise de traitement). Il s’agit d’un critère suivi dans les PACT hospitaliers (Ministère de la Santé).
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Clarifier la responsabilité partagée (co-soin, relais, surveillance)
“Le médecin traitant saura quoi faire” : cette phrase, fréquente dans les courriers, ne suffit jamais. Il s’agit de clarifier qui fait quoi, quand, comment.
- Transmettre le schéma de surveillance clairement indiqué (date et lieu du prochain INR, bilan rénal, RDV spécialiste, etc.)
- Identifier des situations à risque de rupture (patients sans entourage, pathologies chroniques complexes, addictions)
- Consigner ce qui relève du médecin généraliste, de l’infirmier(e) ou d’une consultation spécialisée
À titre d’exemple, la checklist de transition de l’OMS (Initiative “Medication Without Harm”) recommande systématiquement une clarification écrite des responsabilités.
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Mettre en œuvre la conciliation médicamenteuse
Un patient sur deux de plus de 65 ans sort de l’hôpital avec une modification de traitement. Entre le “pré” et le “post” hospitalisation, la probabilité d’erreur, de doublons ou d’interactions est maximale. La conciliation médicamenteuse, recommandée par la HAS et mise en place dans certains GHT, consiste en :
- Comparer les traitements pris avant et après l’hospitalisation,
- Éliminer les doublons et interactions,
- Expliquer (oralement et par écrit) les motivations à chaque changement.
À défaut d’une application systématique, généralistes et pharmaciens peuvent outiller le patient via des tableaux simples annotés (exemple : tableaux de suivi de prescription type “Plan de gestion du traitement”).
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Flécher les aides et ressources du territoire
Les patients les plus fragiles (personnes âgées, handicap, isolement social) ont un risque accru d’échec du retour à domicile. Outiller la sortie, c’est aussi activer :
- SSIAD/ SPASAD,
- portage de repas,
- équipes mobiles de soins palliatifs ou gériatriques,
- services sociaux,
- bénévolat local
La coordination ville-hôpital doit être outillée d’annuaires à jour avec plages de disponibilité. La mobilisation du tissu local a montré une diminution du recours aux urgences de 20% dans les expérimentations PAERPA (PAERPA - Ministère de la Santé).
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Utiliser les outils numériques avec discernement
Le Dossier Médical Partagé (DMP), les messageries sécurisées (MSSanté), les plateformes territoriales d’appui (PTA), la e-prescription… Le numérique facilite la coordination mais nécessite un usage encadré :
- Prévenir le “trop plein” d’informations non hiérarchisées,
- Assurer la confidentialité et la traçabilité,
- Standardiser les procédures pour éviter qu’un document essentiel “fasse perdre” une alerte clinique importante.
Il ne remplace jamais l’appel entre confrères en cas de doute. D’après l’Ordre des Médecins, l’un des premiers facteurs de sécurité reste l’échange verbal, parfois délaissé au profit du “zéro papier” (CNOM Continuity & Communication 2011).
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Systématiser le retour d’information hospitalier
Trop de généralistes découvrent la sortie de leur patient… par le patient lui-même ou en pharmacie. À l’heure de la coordination, exiger (et non espérer) un retour d’information standardisé n’est plus négociable. Cela peut passer par :
- La signature d’accords locaux (maison de santé, CPTS, GHT),
- Une fiche unique de liaison ville-hôpital,
- L’utilisation de modèles de lettres de sortie harmonisés pour chaque spécialité.
Le retour d’information immédiat permet au médecin traitant de jouer son rôle de “chef d’orchestre” et non d’intervenant de rattrapage.
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Ne jamais sous-estimer l’évaluation “hors médical” (logistique, transport, précarité)
Le risque d’échec d’une sortie n’est pas seulement médical. Un retour sans transports adaptés, sans lit médicalisé, avec un domicile mal chauffé ou sans ressources, mène à l’impasse. Selon l’Observatoire des Inégalités, près de 15% des patients en situation précaire retombent sur le système d’urgence dans les quinze jours faute d’un accompagnement social ou matériel suffisant. Il faut donc systématiquement évaluer :
- Le mode de transport (ambulance, VSL, véhicule personnel ?),
- L’accessibilité du domicile,
- L’accompagnement aux démarches administratives (aide-ménagère, CMU, AME).
Le généraliste reste l’acteur privilégié pour signaler précocement une difficulté non-médicale et impliquer le réseau social ou associatif.